Pourquoi frappe-t-on 3 coups au théâtre ?

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Avant que le rideau ne se lève et que les projecteurs ne s’allument, les fameux trois coups résonnent traditionnellement dans la pénombre d’une salle de théâtre. Ce rituel incontournable du spectacle vivant trouve ses origines profondes dans l’histoire de la monarchie française, la gestion des coulisses à l’époque de Molière et la nécessité pratique d’attirer l’attention d’un public autrefois très indiscipliné. Découvrez les secrets captivants de cette tradition séculaire qui marque le passage du monde réel à l’illusion de la scène.

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L’origine historique et religieuse liée à la Sainte Trinité

Pour comprendre la naissance de cette tradition théâtrale typiquement française, il faut remonter au dix-septième siècle, une époque où la religion catholique et les structures ecclésiastiques imprégnaient la totalité de la vie quotidienne et de la culture. Le chiffre trois possède une symbolique spirituelle extrêmement puissante dans la tradition chrétienne, puisqu’il fait directement référence à la Sainte Trinité, qui regroupe le Père, le Fils et le Saint Esprit.

Les comédiens de l’époque, bien que souvent marginalisés et excommuniés par l’Eglise en raison de leur profession jugée immorale, cherchaient paradoxalement à placer leur travail sous la protection divine. Frapper trois coups distincts avant de commencer la représentation était une manière symbolique d’invoquer la bienveillance du ciel sur la troupe, d’éloigner le mauvais sort et de s’assurer du bon déroulement du spectacle. Ce geste initial, teinté de superstition, s’est rapidement imposé comme un rituel respecté par l’ensemble des professionnels des planches.

Au-delà de la religion, le chiffre trois faisait également écho aux trois unités théâtrales théorisées par Aristote et rendues obligatoires dans la tragédie classique par les dramaturges du dix-septième siècle, à savoir l’unité d’action, l’unité de temps et l’unité de lieu. En faisant résonner ces trois coups, la troupe rappelait ainsi subtilement le cadre intellectuel et artistique rigoureux dans lequel la pièce allait se déployer devant les spectateurs.

La logistique des coulisses et les saluts à la famille royale

Une explication matérielle et politique beaucoup plus concrète s’ajoute à la dimension spirituelle du rituel. A l’époque de Molière et de la Comédie-Française, le théâtre était un divertissement majeur pour la cour et la noblesse, et les représentations se déroulaient fréquemment en présence de membres éminents de la famille royale, voire du roi Louis quatorze en personne, qui était un grand protecteur des arts et du spectacle vivant.

Le rituel complet comprenait en réalité deux phases bien distinctes exécutées par le brigadier, qui est le lourd bâton traditionnellement utilisé par le régisseur. Dans un premier temps, le régisseur frappait une série de coups rapides et répétés, souvent au nombre de neuf ou de onze, pour avertir les machinistes en dessous et au-dessus de la scène, les techniciens des chandelles et les comédiens dans les loges que le début du spectacle était imminent et que chacun devait rejoindre son poste de travail de toute urgence.

Une fois le silence obtenu dans les coulisses et les acteurs installés à leur emplacement précis derrière le rideau de scène, le régisseur frappait alors les trois coups solennels, espacés et magistraux. Ces trois derniers impacts étaient historiquement dédiés aux trois composantes majeures du public de prestige de l’époque. Le premier coup saluait le Roi et la famille royale, le deuxième coup honorait la Reine et sa suite, tandis que le troisième et dernier coup s’adressait au reste du public présent dans la salle.

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La discipline d’un public bruyant et dissipe

Il est important de rappeler que l’ambiance des salles de spectacle sous l’Ancien Régime et jusqu’au dix-neuvième siècle n’avait absolument rien à voir avec le silence religieux et respectueux que nous connaissons aujourd’hui. Les théâtres étaient des lieux de socialisation intenses où l’on venait autant pour se montrer, discuter d’affaires, flirter et boire que pour regarder la pièce de théâtre elle-même.

Le public du parterre, qui restait debout pendant toute la durée de la représentation, se montrait particulièrement bruyant, remuant et indiscipliné. Les spectateurs n’hésitaient pas à interpeller les acteurs, à huer le texte, à chanter ou à entamer des conversations à haute voix, créant un brouhaha permanent et assourdissant. De plus, les salles restaient entièrement éclairées par des bougies ou des lampes à huile pendant le spectacle, ce qui n’incitait pas à la concentration visuelle.

Dans ce contexte de vacarme généralisé, la voix des comédiens ou un simple signal visuel n’auraient jamais suffi à capter l’attention de la foule. Les trois coups frappés vigoureusement avec le brigadier, un bâton de bois lourd et robuste dont l’extrémité est souvent garnie de velours ou de métal, produisaient une onde sonore puissante et sourde qui résonnait à travers tout le bâtiment. Ce son caractéristique traversait le tumulte, imposant instantanément le silence et focalisant tous les regards vers la scène.

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Le brigadier et la symbolique du bois sur les planches

L’instrument utilisé pour produire ce son mythique possède lui aussi sa propre histoire et ses propres superstitions. Le brigadier n’est pas un simple morceau de bois trouvé au hasard, il s’agit d’un véritable outil de commandement de la scène théâtrale. Traditionnellement, ce bâton est fabriqué à partir d’une essence de bois noble et dense, comme le chêne ou le frêne, pour garantir une résonance maximale lors de l’impact avec le plancher de la scène.

La tradition veut également que le brigadier soit traditionnellement entouré de velours rouge et surmonté de clous dorés, rappelant le faste et les couleurs officielles des théâtres nationaux français. Frapper le sol avec le brigadier est un acte physique intense qui demande de la précision de la part du régisseur, car le rythme et l’espacement entre les coups doivent être parfaits pour susciter l’émotion et la tension dramatique nécessaires dans le public juste avant l’ouverture du rideau.

Cette coutume s’est si bien ancrée dans le patrimoine culturel français qu’elle a survécu à la modernisation technologique des salles, à l’arrivée de l’électricité et à l’évolution des techniques de mise en scène. Même si les systèmes de sonorisation modernes permettraient aujourd’hui de diffuser un signal électronique, la quasi-totalité des théâtres traditionnels francophones continuent de faire retentir les trois coups de manière authentique, perpétuant ainsi un lien direct avec les artisans du spectacle des siècles passés.

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