Reconnaissable entre tous avec ses grandes oreilles rondes et ses gants blancs, Mickey Mouse est la souris la plus célèbre de l’histoire du cinéma et de la culture populaire. Pourtant, ce nom qui claque comme une évidence aux oreilles des petits et des grands a bien failli ne jamais voir le jour. Le choix de ce baptême mythique résulte d’un coup de foudre créatif, d’une grosse déception commerciale et, surtout, de l’intervention salvatrice d’une femme de l’ombre.
Le traumatisme d’Oswald le lapin chanceux
Pour comprendre la naissance de Mickey, il faut d’abord savoir qu’il est né d’une situation de crise absolue pour le jeune studio de Walt Disney à la fin des années vingt. Avant de dessiner une souris, Walt Disney avait connu un immense succès avec un autre personnage baptisé Oswald le lapin chanceux. Malheureusement, par manque de flair juridique, Walt Disney s’est fait légalement dépouiller des droits de son lapin par son distributeur de l’époque, qui a également débauché la quasi-totalité de ses dessinateurs.
Ruine, trahi et n’ayant plus que son génial collaborateur Ub Iwerks à ses côtés, Walt Disney a dû créer un tout nouveau personnage en urgence durant un voyage en train pour sauver son entreprise de la faillite. En modifiant les oreilles pendantes d’Oswald pour en faire des oreilles rondes, et en raccourcissant le nez, la célèbre souris est née sur le papier. Mais il lui manquait encore un ingrédient essentiel pour conquérir le public : un patronyme accrocheur.
Cette habitude de rebondir après un échec commercial ou artistique en créant une icône absolue est fascinante. On peut ainsi chercher à savoir pourquoi le personnage de Mario s’appelle ainsi en hommage à un propriétaire en colère, ou encore analyser pourquoi le costume de Batman a été modifié à de nombreuses reprises pour s’adapter aux angoisses de chaque époque.
Mortimer Mouse ou le choix initial de Walt Disney
Dans l’esprit initial de Walt Disney, la petite souris devait porter un nom très chic, aristocratique et un brin pompeux. Son choix s’était arrêté sur Mortimer Mouse. Walt trouvait que ce prénom donnait une personnalité forte et un côté fier à son petit rongeur. Fier de sa création et de ce choix, il s’empressa de présenter sa nouvelle idée à sa femme, Lillian Disney, lors de son retour à Los Angeles.
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La réaction de Lillian fut immédiate et sans appel. Elle détesta profondément le prénom Mortimer, le jugeant beaucoup trop arrogant, sinistre, difficile à prononcer pour les enfants et totalement inadapté à la silhouette joyeuse et dynamique du personnage. Elle a tout de suite compris que pour que le public s’attache à ce héros en short rouge, il lui fallait un nom plus proche des gens, plus amical et résolument populaire.
L’intervention de Lillian Disney et la naissance de Mickey
C’est au cours de cette discussion animée que Lillian Disney a suggéré de remplacer Mortimer par le diminutif Mickey, une forme amicale et dynamique du prénom Michael. Walt Disney, qui savait écouter l’instinct de son épouse, a immédiatement adopté cette proposition. Le prénom Mickey apportait une sonorité percutante et une sympathie immédiate qui collaient parfaitement au caractère un brin espiègle mais profondément bon de la souris.
Le prénom Mortimer n’a pas été totalement jeté à la poubelle pour autant. Quelques années plus tard, en 1936, les studios Disney ont réutilisé ce nom pour créer un personnage de souris de grande taille, frimeur et arrogant, qui venait jouer le rôle du rival de Mickey pour tenter de séduire Minnie. Un clin d’œil historique amusant qui prouve que l’intuition de Lillian Disney était parfaitement exacte.
La technique marketing de l’allitération chez Disney
Au-delà de la dispute conjugale, le choix de Mickey Mouse répond également à une règle marketing de composition que Walt Disney va ériger en véritable signature d’entreprise : l’allitération. Associer un prénom et un nom de famille commençant par la même lettre ou possédant des sonorités d’attaque identiques permet de mémoriser le nom de manière presque hypnotique.
Le rythme saccadé de Mickey Mouse s’ancre facilement dans la mémoire des jeunes spectateurs. Fort de ce constat, le studio a décliné cette formule magique sur la quasi-totalité de ses personnages historiques. C’est ainsi que sont nés Minnie Mouse, Donald Duck, Daisy Duck ou encore Peter Pan. Cette rigueur dans la création des noms a grandement participé à la construction de l’empire commercial de la marque à travers le monde.
L’étude des secrets de fabrication des grands studios d’animation permet de faire des parallèles avec d’autres mystères de l’histoire du divertissement, comme lorsqu’on cherche à comprendre pourquoi les Simpson sont jaunes, ou pourquoi la couleur rouge de la robe de la Petite Sirène a nécessité la création d’une nuance de peinture unique en laboratoire.
De la souris de train à l’icône universelle
Pour l’anecdote historique, Walt Disney aimait raconter qu’il s’était inspiré d’une véritable petite souris apprivoisée qui venait grignoter des miettes sur son bureau à l’époque où ses studios étaient basés à Kansas City. Cette proximité affective avec l’animal, combinée au génie de l’animateur Ub Iwerks pour lui donner vie à l’écran grâce à la synchronisation sonore dans le film Steamboat Willie en 1928, a fait le reste.
En changeant le prénom de Mortimer pour Mickey, le couple Disney a transformé ce qui aurait pu être un simple personnage de cartoon en un véritable membre de la famille pour des millions de foyers. Mickey est devenu le symbole intemporel de l’optimisme face à l’adversité, rappelant à chacun la célèbre phrase de son créateur selon laquelle il ne fallait jamais oublier que tout avait commencé par une simple petite souris.