En France, on retrouve des casinos dans de nombreuses stations balnéaires ou thermales, mais très rarement dans les grandes métropoles. Paris, par exemple, n’a pas de casino traditionnel, tout comme d’autres grandes villes pourtant touristiques. Cette particularité étonne beaucoup d’étrangers et même un bon nombre de Français. Pourquoi les casinos sont-ils autorisés dans certains endroits et interdits dans d’autres ? La réponse se trouve dans une réglementation ancienne, toujours appliquée aujourd’hui.
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Une loi qui remonte au XIXe siècle
Pour comprendre cette répartition étonnante, il faut revenir à la loi française de 1907, elle-même héritière d’une série de restrictions établies tout au long du XIXe siècle. À l’époque, les autorités considèrent les jeux d’argent comme une activité risquée, pouvant mener à l’addiction et à la criminalité. Le gouvernement décide donc d’encadrer strictement leur implantation.
La règle principale qui s’impose est la suivante : les casinos sont autorisés uniquement dans les villes touristiques ou dans les stations balnéaires ou thermales. Le but était double :
- éviter que les habitants locaux développent des comportements d’addiction,
- réserver les jeux aux curistes et aux voyageurs, considérés comme de passage.
C’est ainsi que des villes comme Deauville, Cannes, Royan, Biarritz ou Vichy ont obtenu leurs casinos, tandis que les grandes métropoles ont été exclues du dispositif.
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Pourquoi les métropoles sont-elles exclues ?
Les législateurs craignaient qu’un casino au cœur d’une grande ville attire trop de joueurs quotidiens, notamment parmi les classes populaires. Le risque de ruine personnelle et les dérives associées (endettement, vol, violences domestiques) étaient jugés trop élevés.
Plus la ville est grande, plus la population permanente est dense, et plus le risque d’abus augmente. Les casinos devaient rester un “divertissement exceptionnel”, non accessible au quotidien. D’où l’interdiction historique dans des villes comme :
- Paris,
- Lyon,
- Marseille,
- Lille,
- Bordeaux.
Ces grandes villes ne remplissent pas les critères de station balnéaire ou thermale, et leur fréquentation ne repose pas exclusivement sur un tourisme de séjour. Résultat : la loi ne leur permettait tout simplement pas d’ouvrir un casino traditionnel.
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Le cas particulier de Paris
Paris est un cas emblématique. Capitale touristique mondiale, il pourrait sembler logique qu’elle accueille plusieurs casinos. Pourtant, l’interdiction est encore plus stricte que dans le reste du pays. La loi française a longtemps considéré qu’un casino dans une capitale politique et économique représentait un risque majeur en termes de moralité publique. Il s’agissait d’un choix symbolique : pas de jeu dans la capitale de la République.
Il existe toutefois des exceptions récentes, comme les « clubs de jeux » parisiens (ex. : Club Barrière, Club Circus). Mais ces établissements ne sont pas de véritables casinos : ils n’ont pas le droit d’installer des machines à sous.
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Les stations balnéaires et thermales : la grande exception
C’est dans les villes “de cure” ou de villégiature que les casinos ont traditionnellement été autorisés. Les autorités considéraient que les curistes, souvent issus de milieux aisés, représentaient un public plus raisonnable et temporaire. Le casino devenait une extension logique :
- du tourisme de bien-être,
- des séjours estivaux,
- de l’offre hôtelière,
- du divertissement de loisir.
C’est pourquoi des villes moyennes comme Trouville, Amélie-les-Bains, Arcachon ou Enghien-les-Bains possèdent aujourd’hui des casinos importants, parfois plus rentables que ceux de grandes villes européennes.
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Une législation encore très stricte aujourd’hui
Bien que certaines lois aient évolué, les règles encadrant les casinos restent parmi les plus strictes d’Europe. Pour qu’un casino ouvre aujourd’hui, la ville doit remplir plusieurs critères :
- avoir le statut officiel de ville touristique,
- être une station balnéaire, thermale ou climatique,
- obtenir une autorisation du ministère de l’Intérieur,
- voter le projet au conseil municipal,
- répondre à des exigences de sécurité et de surveillance.
Ces conditions excluent toujours un grand nombre de métropoles françaises.
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Les enjeux économiques et politiques
L’ouverture d’un casino n’est pas seulement une question de loisir : c’est un sujet économique sensible. Les casinos génèrent des revenus importants grâce aux machines à sous, aux jeux de table et à la restauration. Les villes qui les accueillent bénéficient de taxes conséquentes permettant de financer des projets locaux.
À l’inverse, les grandes villes, déjà dotées d’une forte activité économique, ne sont pas considérées comme ayant besoin de cette source de revenus. De plus, les autorités craignent encore que l’offre de jeu devienne trop accessible et se banalise, entraînant une hausse des problèmes d’addiction.
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Le débat est-il encore d’actualité ?
Oui. Depuis plusieurs années, certains élus de grandes villes militent pour une réforme de la loi. Ils estiment que :
- les mentalités ont évolué,
- les systèmes de contrôle modernes limitent les risques,
- la France pourrait attirer davantage de touristes internationaux,
- les jeux en ligne rendent la loi obsolète.
Pour l’instant, cependant, aucune évolution majeure n’a été adoptée et la France reste fidèle à sa doctrine historique.
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Conclusion
Si certaines grandes villes françaises n’ont pas de casino, c’est essentiellement à cause d’une loi ancienne visant à limiter les risques liés aux jeux d’argent. Les casinos sont volontairement concentrés dans des stations touristiques, thermales ou balnéaires, tandis que les grandes métropoles restent exclues. Ce modèle, centré sur la protection du public et la gestion du risque, perdure encore aujourd’hui malgré l’évolution des pratiques de jeu et du contexte économique.