Sur les façades des mairies parisiennes, sur les bouches d’égout ou encore sur le blason de la capitale, une petite phrase en latin accompagne toujours le même symbole : un bateau ballotté par les vagues. Cette devise, Fluctuat nec mergitur, est devenue mondialement connue après les attentats de 2015, brandie comme un symbole de résilience. Mais son histoire remonte en réalité bien plus loin, jusqu’au Moyen Âge et aux origines mêmes de la ville.
Que signifie exactement « Fluctuat nec mergitur » ?
Traduite du latin, cette locution signifie littéralement « il est battu par les flots, mais ne sombre pas ». Le « il » en question ne désigne pas la ville elle-même de façon abstraite, mais bien un objet précis : le bateau à voile représenté sur le blason officiel de Paris. Grammaticalement, « fluctuat » vient du verbe latin fluctuo, qui évoque le roulement des vagues, tandis que « mergitur » est la forme passive du verbe mergo, qui signifie engloutir ou faire sombrer. Le message est donc clair : ce navire est constamment secoué par la tempête, mais ne coule jamais.
Un symbole hérité des marchands de la Seine
Pour comprendre pourquoi un bateau orne le blason d’une ville située à près de deux cents kilomètres de la mer, il faut remonter au Moyen Âge. Ce navire figurait déjà en 1210 sur le sceau de la puissante corporation des Nautes, une confrérie de marchands qui contrôlait le commerce fluvial sur la Seine et qui est à l’origine même de la municipalité parisienne, dirigée à l’époque par le prévôt des marchands. Jusqu’au quinzième siècle, le sceau de la ville portait d’ailleurs la légende latine « Sigillum mercatorum aquae Parisius », que l’on peut traduire par « Sceau des marchands de l’eau de Paris ».
Une devise parmi d’autres avant de devenir officielle
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Fluctuat nec mergitur n’a pas toujours été la devise unique de Paris. Elle apparaît pour la première fois sur des jetons municipaux à la fin du seizième siècle, mais n’est alors qu’une formule parmi plusieurs autres utilisées concurremment par la ville au fil des siècles.
La décision du baron Haussmann en 1853
C’est le baron Georges Eugène Haussmann, alors préfet de la Seine sous le Second Empire, qui officialise Fluctuat nec mergitur comme devise unique et définitive de la capitale, par un arrêté daté du 24 novembre 1853. Ce choix n’était pas seulement symbolique : Haussmann prenait la formule au sens propre, en référence directe aux risques d’inondation auxquels Paris et la Seine ont régulièrement été confrontées. Quelques mois seulement après cet arrêté, il créera d’ailleurs le service hydrométrique du bassin de la Seine, chargé d’alerter les Parisiens en cas de crue.
Une devise devenue symbole universel de résilience
Au-delà de son origine liée aux crues de la Seine, la formule a fini par incarner quelque chose de bien plus large : la capacité de Paris à traverser les crises sans jamais s’effondrer. Bombardements, sièges, occupations, inondations : la ville a connu de nombreuses épreuves au fil de son histoire, ce que rappellent d’ailleurs les trois décorations nationales figurant au bas de son blason. C’est cette symbolique de résistance qui a naturellement resurgi dans l’espace public après les attentats de novembre 2015, lorsque la devise latine est devenue, presque spontanément, un cri de solidarité et de résilience collective pour toute la ville.