Singapour est souvent citée comme l’un des pays les plus propres et les plus disciplinés au monde. Parmi les règles qui surprennent le plus les visiteurs figure l’interdiction quasi totale des chewing-gums. Cette mesure, qui peut sembler excessive ou anecdotique, repose en réalité sur des raisons très concrètes liées à l’urbanisme, aux transports et à la philosophie politique du pays.
Une ville obsédée par l’ordre et la propreté
Singapour est une cité-État dense, très urbanisée et extrêmement peuplée. Dès son développement rapide au cours de la seconde moitié du XXe siècle, les autorités ont fait de la propreté un pilier fondamental de la qualité de vie et de l’image internationale du pays.
Contrairement à de nombreuses grandes villes, Singapour ne disposait ni de vastes espaces naturels pour absorber les déchets, ni d’une tolérance culturelle envers les incivilités. Chaque déchet visible était perçu comme un échec collectif du système urbain.
Le chewing-gum, un cauchemar logistique
Avant son interdiction, le chewing-gum posait un problème récurrent. Collé sous les bancs, sur les trottoirs, dans les ascenseurs ou sur les portes automatiques, il engendrait des coûts de nettoyage élevés et une dégradation rapide des infrastructures.
Contrairement à un papier ou à un emballage, un chewing-gum écrasé est difficile à retirer. Il nécessite souvent des produits chimiques ou un nettoyage intensif, ce qui augmentait fortement les dépenses publiques.
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Le déclencheur : les transports publics
L’élément décisif ayant conduit à l’interdiction concerne le réseau de transports publics, notamment le métro. À la fin des années 1980, des chewing-gums étaient régulièrement collés sur les capteurs des portes automatiques, provoquant des dysfonctionnements et des retards.
Ces incidents répétés affectaient directement la fiabilité du réseau, un point considéré comme essentiel dans un pays où les transports publics sont utilisés massivement au quotidien.
Une interdiction radicale mais ciblée
En 1992, Singapour décide donc d’interdire l’importation et la vente de chewing-gums. L’objectif n’est pas de punir un comportement isolé, mais d’éliminer à la source un problème jugé disproportionné par rapport à son utilité.
Il est important de noter que mâcher un chewing-gum n’est pas illégal en soi. La loi vise principalement la vente et la distribution, pas l’acte de mâcher.
Des exceptions médicales encadrées
Avec le temps, la réglementation s’est légèrement assouplie. Certains chewing-gums à usage médical, notamment pour arrêter de fumer ou pour des raisons thérapeutiques, sont autorisés sous conditions strictes.
Ils doivent être prescrits ou délivrés par des professionnels agréés, et leur distribution reste contrôlée afin d’éviter les abus.
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Une loi cohérente avec la philosophie du pays
L’interdiction du chewing-gum s’inscrit dans une politique plus large visant à responsabiliser les citoyens. À Singapour, les règles sont claires, strictes et appliquées de manière cohérente, avec l’idée que la liberté individuelle s’arrête là où commence le bien collectif.
Ce cadre rigoureux contribue à l’efficacité du système urbain, mais aussi à la réputation internationale de Singapour en tant que ville propre, sûre et bien organisée.
Une règle qui choque surtout les étrangers
Pour les visiteurs occidentaux, cette interdiction peut sembler excessive, voire liberticide. Pourtant, pour la majorité des habitants, elle fait simplement partie du quotidien et ne suscite que peu de débats.
Elle illustre surtout une différence culturelle profonde dans la manière d’aborder la discipline, l’espace public et la responsabilité individuelle.