L’hymne national de la République française est mondialement connu sous le nom de La Marseillaise, un titre qui évoque immédiatement la grande cité phocéenne du sud de la France. Pourtant, ce chant de guerre révolutionnaire n’a pas du tout été écrit à Marseille, mais à l’autre bout du pays, dans la ville de Strasbourg, sous un tout autre nom. Découvrez l’incroyable épopée militaire et politique qui a traversé la France pour donner son nom définitif au chant le plus célèbre de l’histoire de France.
Une création militaire née dans le froid de Strasbourg
Pour découvrir les véritables origines de l’hymne français, il faut remonter à la nuit du vingt-quatre au vingt-cinq avril dix-sept cent quatre-vingt-douze, en pleine période de la Révolution française. La France vient tout juste de déclarer la guerre à l’Autriche, et l’atmosphère est lourde d’angoisse et de ferveur patriotique, particulièrement dans les villes frontalières du nord-est du pays.
Le maire de Strasbourg, le baron Philippe-Frédéric de Dietrich, organise un dîner officiel chez lui en présence de plusieurs officiers de la garnison. Constatant que l’armée française ne dispose pas d’un chant de guerre moderne et entraînant pour galvaniser les troupes qui s’apprêtent à marcher vers le front, il se tourne vers un jeune capitaine du génie également poète et musicien à ses heures perdues, Claude Joseph Rouget de Lisle.
Inspiré par l’urgence du moment et par les affiches patriotiques placardées sur les murs de la ville, Rouget de Lisle compose en une seule nuit les paroles et la mélodie d’un morceau qu’il intitule initialement le Chant de guerre pour l’armée du Rhin. Le lendemain matin, le chant est interprété devant les convives enthousiastes et commence immédiatement à être repris par les soldats basés en Alsace, sans que personne ne se doute que son destin va basculer à des centaines de kilomètres de là.
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L’armée des fédérés et la marche triomphale vers Paris
Le basculement décisif qui va donner son nom de baptême définitif à l’hymne se produit quelques semaines plus tard, durant l’été dix-sept cent quatre-vingt-douze, grâce à l’imprimerie et aux mouvements de troupes révolutionnaires à travers le territoire national.
Le texte et la partition de Rouget de Lisle voyagent de ville en ville et finissent par être imprimés à Montpellier, avant de parvenir entre les mains des patriotes de Marseille. À cette époque, la Révolution est menacée et l’Assemblée nationale lance un appel pour que des volontaires de toutes les provinces, appelés les fédérés, convergent vers la capitale pour défendre la patrie en danger et prêter main-forte aux révolutionnaires parisiens.
Un bataillon de cinq cents volontaires marseillais entame alors une longue et éprouvante marche à pied de plus de huit cents kilomètres pour rejoindre Paris. Tout au long de leur périple à travers la France, ces hommes entonnent le chant de guerre de Rouget de Lisle avec une force, une ferveur et un enthousiasme qui marquent profondément les populations des campagnes et des villes traversées. Le morceau devient leur signe de ralliement et leur signature sonore unique.
L’adoption par le peuple parisien et la consécration officielle
Lorsque le bataillon des volontaires du sud pénètre enfin dans les rues de Paris le trente juillet dix-sept cent quatre-vingt-douze, leur entrée est fracassante. Les Parisiens, impressionnés par la puissance de ce chant martial qu’ils entendent pour la toute première fois de la bouche des soldats méridionaux, sont immédiatement conquis par son rythme et ses paroles révolutionnaires.
N’en connaissant ni l’auteur, qui était pourtant un officier royaliste, ni l’origine strasbourgeoise, les habitants de la capitale ont tout naturellement baptisé ce morceau le chant des Marseillais, puis plus simplement La Marseillaise, en hommage direct aux hommes courageux qui l’avaient apporté jusqu’à eux. Le chant accompagne ensuite l’insurrection du dix août et la chute de la monarchie, s’imposant comme l’hymne de la liberté.
Face à cet immense succès populaire, la Convention nationale décrète officiellement La Marseillaise comme chant national le quatorze juillet dix-sept cent quatre-vingt-quinze. Interdit sous l’Empire et la Restauration en raison de sa charge subversive, le chant redevient définitivement l’hymne national officiel de la France en dix-huit cent soixante-dix-neuf sous la Troisième République, immortalisant à jamais le nom de la ville de Marseille pour une chanson née sur les bords du Rhin.